[ A Rebel Without Cause ]

"Stark ! Jim Stark, voilà ! ... 1753 Angelo...
Et beh ya plus qu'à yaller ! "

lundi 19 octobre 2009

Léon - Partie XXIII

Quelques semaines après, suite à de nombreux courriers de ses fans, Léon se décida à ouvrir un blog. Il ne participa pas aux dernières émissions, et se retira de la compétition. Son blog, qu’il tenait en partenariat avec ce qu’on pourrait en quelque sorte appeler son « fan en chef », était consacré à sa carrière, et aux différents témoignages de ses fans, sous diverses formes rivalisant d’inventivité. Ainsi, on pouvait y trouver les vidéos des performances télévisées de Léon, de nouvelles vidéos inédites qu’il avait tournées spécialement pour eux, et dans lesquelles il accomplissait des chansons et chorégraphies à thème, souvent en récompense de concours qu’organisaient ses fans. Ainsi, en plus des rapports des différentes apparitions médiatiques de Léon, on trouvait sur son blog les œuvres de ses fans : poèmes, chansons, dessins, scrapbooking, effigies en papier mâché, gifs – ces petites images animées- clignotants ou à paillettes… Léon vivait parmi eux en roi humble et bienveillant, il connaissait leurs noms, accédait le plus souvent à leurs requêtes, et se prêtait bien volontiers à leurs divers activités. Ils se réunissaient parfois, et était toujours un peu surpris, mais flatté de leur fébrilité vis-à-vis de lui – il avait sursauté à quelques couinements féminins lorsqu’il les avait honoré d’une bise, ou leur avait concédé la fin de son pique-nique.

Il était retourné chez sa mère, et lui avait fait de touchantes excuses. Elle ne dit trop rien, mais tâcha de mettre fin rapidement à ce moment émouvant par un petit sourire qu’elle détourna rapidement pour essuyer discrètement de petites larmes avant de se remettre à faire la vaisselle.
Il alla également présenter ses excuses à Mab, qui lui donna une tape dans le dos en ricanant, et en lui disant qu’il avait bien fait d’envoyer valser cette poulette, et lui sortit quelques autres remarques énigmatiques – Léon n’était pas sûr que ce fut d’ailleurs du français- et retourna effrayer de jeunes gens qui attendaient dans un couloir proche – déjà la nouvelle saison ?

Léon ne chercha pas à s’informer du sort de Vanina, qui publia un roman quelques semaines plus tard ; il tomba sur la critique dans le journal, qu’il lut en diagonale. Les quelques mots « on sent que Vanina écrit pour être écrivain » le frappèrent – il se demanda alors s’il avait mal agi. Il ne ressentait pour elle désormais ni amour, ni haine, mais plutôt un sentiment qui oscillait entre la pitié et l’incompréhension.

Un nouveau petit quotidien s’instaura alors dans sa vie, et chaque matin, il allait faire part à ses fans de ses pensées, qui devenaient alors sujets de débats et de conversation entre eux.

« Aujourd’hui, je me suis demandé, pourquoi on appelle ça une pomme de douche ? Pourquoi une pomme et pas une poire, par exemple ? Je ne trouve pas que ça ressemble vraiment à une pomme – mais plutôt à une grosse lentille. Vous aimez ça, vous, les lentilles ? Moi oui. »

jeudi 15 octobre 2009

Edmond

(En attendant de sceller le sort de Léon, permettez moi de vous présenter - très succintement ! - Edmond.)

Edmond n’était pas un être comme les autres. Tout dans son être chantait sa louange, et ses pas étaient comme guidés par une céleste volonté, qu’il devait percevoir, comme le doux murmure du Destin, dans les tréfonds susurrants de sa pensée. On pouvait reconnaitre sur ses traits fins sa prometteuse destinée – aussi, comme les grands esprits du passé, Byron, Shelley, Chateaubriand et autres grands romantiques infortunés, ses beaux yeux purs et mélancoliques semblaient toujours se lever vers le ciel en une charmante supplique, et son nez de statue, sa fine bouche, ses délicates oreilles étaient la parfaite image de la pureté de ses sens. Frémissant à la moindre brise, soupirant aux senteurs douces de l’automne, laissant s’échapper une petite larme de contemplation au doux son d’un piano, il était le monde plus que nul autre. Et le monde semblait n’avoir été créé que pour être perçu par lui, tant sa sensibilité était aigue et attentive à ces petites choses qui le faisait ; ces sanctuaires de l’être étaient invisibles aux autres, qui les auraient piétiné aveuglément. Mais lui, leur parlait, les appelait et s’en nourrissait comme d’un divin nectar.
O soleil, pour qui tisses-tu ta dentelle sacrée ? Les nymphes ne sont plus, et nos cœurs sont trop impurs… Cette couronne ardente dont tu coiffes ma tête est une trop grande récompense pour le mortel que je suis. O, papillon, messager éphémère, créature d’ombre et de lumière, que de tes ailes souffle le vent de mes rêves et qu’en une mer de paillettes tu ne portes sur ton onde mes hommages à ton amie d’albâtre : Lune, en ton sein j’irai nourrir mes desseins, et j’abreuverai mes soifs ardentes… Puisse le royaume d’Hadès retentir de ta douce mélopée – ô temple de l’éternel, quel exquis et doux repos cela serait !

Il ne parlait que peu à ceux qu’il ne côtoyait que de corps, et ne se mêlait guère à la trivialité de leurs vies. Parlaient-ils du temps, du repas qu’ils venaient de faire, ou de ce qu’ils avaient ramené de la chasse ; parlaient-ils de leurs tracas mesquins, de leurs réjouissances profanes, de leurs émois grossiers, celui-ci n’y entendait qu’un grand fracas vain. Aussi les évitait-il tant que possible, et s’allait chercher d’autres compagnons dans la nature, amis fidèles et muets, gardiens éternels de ses aimables et perçants secrets. Il ne mangeait et ne buvait que peu, sortait surtout à la nuit tombée, où il se plaisait à répondre aux cieux par de célestes anneaux de fumée. Il y contemplait la vie toute entière, et de sa poitrine s’exhalait la plainte sourde de ses amours déçues. Cette jeune inconnue qu’il avait vue aujourd’hui, et dont la beauté et la grâce l’avait tant frappé qu’il n’avait eu le courage d’aller lui parler, aussi était-elle resté cruellement sourde à son sentiment. C’est donc cela que la sanglante plaie que l’amour tranche dans nos cœurs ? Je ne suis que le jouet du dieu ailé, que veut-il de moi ? Encore du sang, ma vie, mon âme ? Je lui donnerai tout ! Je n’ai que faire de cet éphémère cadeau qui ne fait que me montrer cet imparfait reflet dans un miroir d’illusions… Comme mes doux rêves s’en sont vite allés – leur douceur à présent m’est fatale, et la morsure glaciale de la réalité étreint ce condamné qui bat dans ma chair.

Ermite je serais – ainsi à l’abri des appétits vains, des appas perfides, sycophantes merveilles, vous ne me tromperez plus ! Je m’en vais converser avec la Nature toute entière, dont l’adorable virginité encore préservée m’y garantit ce petit Eden qui m’est salutaire. Et, son âme trop pleine laissant perler sur ses joues de délicates larmes, il se plongea dans ses draps de soie, dont la consolante caresse adoucit sa peine.
Et soudain, il péta.

mercredi 14 octobre 2009

Léon - Partie XXII

Cette visite, et ce que l’hypocrisie n’avait pu l’empêcher de dévoiler quant à son opinion réelle participèrent à plonger Vanina dans une angoisse aussi inhabituelle pour elle que de voir ses plans dérangés. Et si cette vieille peau borgne parlait aux journaux ? Ca serait le discrédit. Elle aurait tout pouvoir sur moi, ma carrière… je serais à sa merci. Il faut que j’agisse en premier si je veux garder la main. Aussi elle écrivit à la hâte un article où elle tâchait d’expliquer avec autant d’habileté que possible comment elle désapprouvait ce à quoi participait Léon, sans pourtant revenir sur sa prétendue grande affection pour lui. Elle s’offusqua alors de la manipulation que ces émissions opéraient sur ces êtres perdus, de l’ignominie de se faire de l’argent sur le seul principe de la médiocrité, et de la soif du spectateur de détails croustillants – et aussi peu élevés- à se mettre sous la dent. Elle relut son article, y apporta quelques petites modifications stylistiques, et le publia sur son blog.

Quelques petites heures après, cet homme qui lui avait conseillé d’exploiter le « filon Léon », et qu’elle avait envoyé valser – par lassitude – sur l’énorme masse anonyme de ses « exs » il y avait quelques semaines de cela, l’appela.

- Vanina, qu’est-ce que tu as fait ? Il y a déjà trois ou quatre sites d’information sur Internet qui parlent de tes « révélations » sur Léon… et ils seront vingt, puis cent dans quelques minutes, crois moi… Non mais-tu…
- Oui, j’ai publié un article sur mon blog, le coupa-t-elle sèchement. Je n’avais pas le choix, sa vieille peau de mère m’a prise au piège.

Elle lui expliqua ce qui s’était passé. A la fin de son récit, il lui répondit qu’elle l’avait eu le choix, et qu’elle avait fait le mauvais, et beaucoup d’autres choses qu’elle écouta à peine tant elle était désarçonnée. Cette sensation d’inattendu désagréable, si rare pour elle, lui nouait l’estomac. Elle perdait pied, et ne pensait même plus à si elle devait le cacher ou non. Elle ne sortit de sa torpeur que pour entendre « … plus grosse erreur de ta vie… », ce à quoi elle ne bredouilla en guise de réponse qu’un « Oui, d’accord, bien, bonsoir… », avant de raccrocher

Elle s’allongea alors sur son lit, et ne trouva que les larmes pour exprimer la nausée qui l’envahissait, larmes qui coulaient le long de ses tempes et venaient se fondre dans ses cheveux blonds et derrière ses oreilles. Elle resta quelques minutes dans cet état léthargique, que vint brusquement déranger la sonnerie de son téléphone. « Oui ? »

- Vanina, c’est Léon. Je voudrais qu’on aille diner à la petite Perse, tu sais, le restaurant, dans le parc avec les paons, où nous étions allés au début.

Plus que surprise de cet appel auquel elle ne s’attendait pas le moins du monde, elle accepta d’un ton mal assuré, nota l’heure de leur rendez-vous. Cinq heures plus tard, elle attendait Léon à une des tables du restaurant, parfaitement apprêtée, comme s’il ne s’était rien passé. Elle adressa à Léon, lorsqu’il arriva, un sourire lumineux, qu’il ne lui rendit pas vraiment. Son air sombre la marqua, aussi elle examina avec plus d’attention qu’à l’accoutumée ce nouveau Léon dont elle ne savait pas quoi attendre. Léon revêtait effectivement des vêtements bien plus sombres qu’à son habitude : son blouson était noir, son pantalon marron foncé. Ce sourire niais et béat qu’il arborait souvent semblait avoir déserté son visage, sur lequel ne se lisait plus qu’une incertitude émue, et une certaine profondeur qu’elle ne lui connaissait pas.

Elle engagea la conversation comme elle l’avait fait à pratiquement chacune de leurs entrevues, se saisissant de quelque fait banal qui lui venait à l’esprit. Il répondit, mais avec moins d’enthousiasme et d’abondance que jadis, et ne la regardait jamais tout à fait. Elle fit quelques autres tentatives, tout aussi infructueuses. Elle aperçut alors un paon à quelques mètres d’eux, qui paradait allègrement. Elle le vit comme un secours aussi divin qu’inespéré, sujet sur lequel elle se jeta, soulagée – il avait manifesté un tel intérêt pour eux, à un tel point qu’ils avaient réussi à détourner momentanément l’attention qu’il réservait sinon essentiellement à sa belle Vanina.

- Oh, regarde Léon, les paons ! Tu te souviens ? C’était amusant, et je me souviens que tu m’avais dit que je leur ressemblais !… C’est vrai qu’ils sont beaux.

Et, oubliant l’arrière pensée qui l’avait inquiétée leur propos lors de leur premier rendez-vous, elle prit le temps de savourer leur chant, qui lui semblaient à présent être une providentielle oasis. « Vanina, tu sais, je les entends. ». Elle ne prêta pas attention à cette remarque, et continuait à rêver doucement, le regard perdu dans leur ramage multicolore. « Vanina, je les entend », répéta-t-il plus fort. Cette fois-ci, elle l’entendit, et le regarda avec une moue qui montrait qu’elle cherchait de comprendre à quel intérêt il pouvait bien trouver à lui dire de pareilles choses. « Oui, oui, moi aussi, tout le monde d’ailleurs, ça n’a rien de… » lui répondit-elle jusqu’à ce qu’elle remarque la gravité du visage de Léon qui coupa soudain court à ses propos quelque peu agacés, et mit un terme à la douce accalmie de son anxiété. Il répéta alors :

- Les paons, je les entends. J’entends ce qu’ils disent. J’entends ce qu’ils me disent.

Elle ne bougeait plus, suspendue à ses lèvres, ne sachant trop ce qu’elle devait comprendre – et elle commençait à avoir peur de ce que lui avait pu comprendre. Après un silence de quelques secondes lourdes et figées, il reprit :

- Ils me disent ce que tu n’as jamais eu le courage, ni le cœur, de me dire.

Elle devint livide. Il continua :

- C’est vrai que tu es comme eux : tu parades, tu joues à la belle, et tu fais miroiter tes plumes pour que tous les hommes deviennent fous de toi. Mais eux, ils me disent que je suis con. Toi, tu te le dis depuis longtemps, mais tu le caches, pour mieux te moquer de moi. Je t’ai donné des occasions de me le dire, mais tu n’en as rien fait. Et ce qui me blessait encore plus, c’est que quand j’exagérais à un tel point que je me disais que tu ne pourrais que me trouver ridicule, et où tu te déciderais enfin à me le dire, tu étais plus hypocrite que jamais, et t’amusais de me voir aussi ridicule. C’est l’autre jour en boîte que j’ai vraiment compris qui tu étais. Tu vois, moi je ne pensais pas trop à l’image qu’on pourrait avoir de moi ; je voyais des gens qui avaient l’air content, et des gens qui semblaient m’apprécier, alors je me suis dit que si j’étais capable de leur donner un peu de joie, autant le faire. Alors oui, tu es intelligente, et ça devait être confortable pour toi de pouvoir être admirée par un idiot, ça demande moins de travail, tout en jouant confortablement au jeu de l’élite intellectuelle que tu crois être. Et je suis peut-être con, comme vous semblez tous le croire, mais pour moi quelqu’un de très intelligent devait être gentil, parce que s’il comprend mieux que les autres ce qui se passe et ce qu’il fait, alors pourquoi il ne ferait pas le bien ? J’ai cru avoir le cœur brisé, mais je me suis vite dit que tu n’en valais pas la peine. Et tu n’es rien pour critiquer ma mère.

Sur ce, il se leva, paya leurs boissons et partit. Vanina resta assise, aussi stupéfaite que silencieuse.

samedi 10 octobre 2009

Léon - Partie XXI

« LEON A DISPARU !

Léon Soulier, de son vrai nom, mascotte de la nouvelle saison de l’émission « Star or not to be » n’ayant pas donné de nouvelles depuis maintenant trois jours, la production a donné l’alerte quant à sa disparition. Elle avait auparavant contacté Mme Soulier, seule membre encore vivant de sa famille, qui leur déclara « ne pas être concernée par la question », et donc ne pas savoir où se trouvait son fils. Léon et elle auraient en effet eu un différend quelques semaines plus tôt, ce qui aurait amené Léon a quitté le domicile familial pour s’établir dans un appartement dont il n’a communiqué l’adresse à personne. Ils ne se seraient pas adressé la parole depuis.
L’équipe de la production de l’émission l’attendait pour les répétitions du prime time de samedi soir, mais Léon ne s’y présenta pas, contrairement à son habitude, ce qui commença à inquiéter. La dernière personne à l’avoir vu est la jeune écrivaine montante Vanina Vesuvio, dont nous avons pu recueillir le témoignage lors d’une interview exclusive : « Nous avons passé la soirée de samedi dernier ensemble – il tenait à ce que nous allions en boîte de nuit, pour me montrer sa nouvelle chorégraphie, dont vous pourrez sûrement voir les vidéos sur Internet. Il m’a en effet semblé étrange, je veux dire, différent de d’habitude, mais je ne sus découvrir à quoi cela tenait. Je n’ai eu aucune nouvelle depuis, et je pense que s’il donnait signe de vie, j’en serais la première informée. Je vous avoue que cela m’emplit d’inquiétude…. »

La mère de Léon referma le journal, mécontente. Elle ne savait si elle devait être inquiète, ou fâchée, et si elle allait faire quelque chose ou non. Elle commença à faire un brin de vaisselle et se décida finalement à appeler la production, dont le numéro avait été mis à la disposition d’éventuels témoins, qui lui répondit qu’elle ne savait rien. Elle demanda alors à parler à Vanina – elle avait cette idée venue d’on ne sait où selon laquelle les gens connus ne devait jamais être fourrés bien loin des plateaux de télé – , dont elle ne parvint à avoir que l’adresse. Elle se rendit donc chez elle, et toujours dans ce même état d’esprit inconfortable, elle sonna au grand portail imposant qui donnait sur la cour de la propriété familiale. Un domestique lui répondit et la fit finalement entrer. Vanina n’était pas à la maison, lui dit-on, mais elle ne tarderait pas à rentrer, aussi fut-elle obligée de tenir une conversation peu agréable avec la mère de celle-ci, qui parvenait à peine à dissimuler son dédain : « Vous êtes donc la mère de ce…Léon ? » s’enquit-elle d’un ton peu enthousiaste.
- Oui, même si les derniers évènements n’en font pas une fierté.
- Je vous l’accorde et suis fort heureuse de vous l’entendre dire : ce petit manège ridicule dévalorise notre société, et habitue des gens médiocres à leur médiocrité. Vous êtes la preuve vivante qu’un peu de jugement suffit pour en venir à cette conclusion.

La mère de Léon, qui ne sut si elle devait se sentir offensée – et il lui semblait bien que oui – garda un silence outré. Vanina arriva après quelques éternelles minutes lourdement silencieuses, et surprise par la présence de cette invitée inattendue, eût la même difficulté que sa mère à cacher son dédain. « Je suppose que vous êtes la mère de Léon ? Je vous ai vue à la télévision.
- Oui, je ne vous ennuierai pas longtemps, j’aimerais seulement savoir où est mon fils.
- Et bien comme vous aurez probablement pu le lire dans les journaux, je n’en sais rien.
- Vous devez savoir où se trouve son appartement ?
- Non.
- Comment pouvez-vous l’ignorer, si vous êtes sa petite amie ? demanda-t-elle brusquement.
- Mais je n’ai jamais prétendu l’être, madame. C’est plutôt à vous qu’on devrait poser cette question, toute mère devrait…
- Je ne vous permets pas de me donner de leçons mademoiselle. Il n’y a rien dans vos actes qui soit approbable.
- On dit « approuvable ». Vous vous permettez de me juger, alors que vous laissez votre fils – et vous en même temps - se ridiculiser devant la France entière. C’est à cause de gens comme vous que notre société devient pourrie, alors n’osez pas me dicter ce que je dois faire ou non, dire ou non. Il semble de toute évidence que je sais mieux que vous ce que je dis. La mère de Léon, indignée, ne voulant pas s’abaisser à répondre et continuer à être l’objet de ce mépris, qu’on ne prenait à présent même plus la peine de dissimuler, retraversa le labyrinthe de couloirs et antichambres pour ressortir du manoir le cœur lourd et la gorge serrée.